{FR} Esthautomatisme Sonore


A propos d’Esthautomatisme Sonore :

« Grâce à Isou, affirme Ben, j’ai compris que l’important n’est pas la beauté, mais la nouveauté, la création ».

Esthautomatisme rassemble « Esthétique » et « automatisme » et est emprunté au mouvement lettriste dans son projet de voir le cinéma et dès lors d’en faire différemment. Et Isou est très précisément convoqué par Clément Beraud qui, suivant son modèle, avertit des « dangers » de son ciné-prose, ainsi que le premier l’opérait, aussi, en incipit de Traité de Bave et d’Éternité, en 1951.
Esthautomatisme débute ainsi : « Il ne convient pas aux épileptiques. Ce film est l’implosion par le rythme ou la ciné-prose du XXIe siècle. De la bave pour l’éternité. » Dans son film, Isou défend la ciselure de l’image, avec rayures, peintures, détériorations de tout genre mais aussi le montage discrépant, qui réclame la disjonction du son et de l’image, en reconnaissant la bande sonore comme œuvre autonome sans relation directe avec l’image. Esthautomatisme adhère à cette injonction : 5 min de flashes éblouissants, incessants, provoquent une lumière sans figuration, sans origine que l’écran total qu’elle déborde et des images sonores de bataille avec variations d’armes mitrailleuses, mortiers, tirs drames diverses se chevauchent, se succèdent en autant de déflagration. Un film guerrier sans image dans la lignée de La Chanson de Rio Jim de Lemaître, de 1978 où le western était sonore sans images et sans nécessités d’images tant les sons en sont topiques.


Simone Dompeyre - Traverse Video (2018)


“Assis devant un grand écran noir, nous nous préparons à sentir et à interagir avec la lumière et le mouvement. Pour être témoins d’une histoire courte, d’un conte. Dans le cinéma expérimental, la rupture des règles conventionnelles du cinéma narratif, du rythme, la dissolution de l’histoire comprise comme classique, nous confrontent à notre propre perception, à notre façon de regarder et de comprendre le monde.
Dans un jeu où l’artiste, en toute liberté, explore de nouvelles possibilités narratives et sonores sans se mettre devant un conditionnement préalable. La couleur dans une oeuvre audiovisuelle est la projection d’une réalité illusoire, créée, peinte à la lumière. La couleur manipule les humeurs, altère les sens. C’est un point de référence expressif ; le blanc symboliquement définit la lumière face à l’obscurité, le principe, l’instable, l’indéfini, le vide, l’hygiénique, l’innocent ou la paix.
Dans l’essai expérimental de Clément Beraud, Esthautomatisme Sonore, la couleur blanche comme l’absence de couleur deviennent un élément intensifiant du son. Dans une ressource visuelle qui renforce l’impuissance et la douleur auxquelles nous sommes entrainés par l’implosion sonore. Chaque coup de lumière blanche est une véritable douleur physique qui passe à travers les paupières fermées de la violence des coups répétés de lumière. La lumière s’est transformée en menace. Chaque bruit d’éclat d’obus, chaque coup de canon nous fait nous courber sur notre corps, en enveloppant notre corps comme un bouclier, un bouclier protecteur contre la violence sonore et visuelle qui transperce notre perception de la réalité. Ressources minimales pour atteindre l’impact de la peur, saturant les sens et la conscience. Il n’y a pas de place pour l’indifférence dans cette proposition. C’est un véritable coup de poing sur la ligne de confort derrière les tranchées.”


Isabel Pérez del Pulgar. (Catalogue Traverse video - 2018)



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